Et si vous pouviez voir du son ? Pas besoin de LSD.
Cette image, c'est 15 minutes d'enregistrement d'une machine de conditionnement Guelt, dans une usine agroalimentaire. Rien d'autre qu'un micro posé à côté. Et on peut y lire ce qui s'est passé pendant ces 15 minutes.
Comment lire l'image
De gauche à droite, le temps. De bas en haut, les fréquences : les graves en bas, les aigus en haut, jusqu'à 20 000 Hz. Plus c'est clair, plus c'est fort.
Sous cette image, trois courbes suivent le niveau des graves, des médiums et des aigus. La dernière ligne, en rouge, signale les moments où le micro a saturé.
Ce qu'on y voit
Le cycle. Les pics réguliers, vers 20 000 Hz. Un toutes les 11,5 secondes : injection de gaz, filmage, scellage, pour 2 barquettes. À ces fréquences, l'oreille humaine n'entend rien.
Le fonctionnement de base. La ligne blanche horizontale, autour de 104 Hz. Elle dit que la machine tourne.
Les arrêts. La ligne blanche disparaît deux fois : 2 arrêts pour réglage de film.
Le temps de chauffe. Après un réglage, le bas de l'image s'allume de 0 à 200 Hz. Ce sont 20 secondes de chauffe.
Les mauvais scellages. Les points blancs autour de 10 500 Hz, en dessous des pics à 20 000 Hz. Là, ça s'entend : à la réécoute, la différence de son est nette. Ce son inhabituel correspond à un mauvais scellage dans un coin de barquette.
Et le moment compte. Décalé d'une seconde dans le cycle, le même son aurait pu venir de l'injection de gaz. Pour savoir ce qu'on entend, il faut donc savoir où on en est dans le cycle.
Ce qu'on en tire
C'est pour ça que j'ai construit Écoutille. À partir de ce son, il compte les cycles, distingue la production, la marche à vide et l'arrêt, puis calcule le TRS, le TRG et le TRE. La cadence réelle sert aussi à corriger les gammes de l'ERP, quand elles sont fausses.
Il signale aussi les cycles qui ne ressemblent pas aux autres. Mais il ne décide pas. Un changement de bobine change le son et n'a rien d'anormal : seuls les opérateurs et la maintenance peuvent le dire. L'outil propose, ils tranchent, et il réapprend à chaque réponse.
Je ne branche rien sur l'automate, et c'est un choix : un micro ne touche pas à la machine.
Ce qui reste à prouver
15 minutes, une machine, un seul jour. Ça montre que le son se lit. Ça ne montre pas encore que la référence apprise ce jour-là tient le lendemain, ni sur un poste entier.
La suite, c'est donc un poste complet : même micro, même place, avec un cahier d'événements tenu sur la ligne pour vérifier ce que le son raconte.
Et si nous discutions maintenance en industrie ?